jeudi 7 octobre 2010

Des médecins de l'AP-HP dénoncent une dérive vers "l'hôpital-hôtel"

Payer sa chambre individuelle à l'hôpital à un tarif digne d'une chambre d'hôtel ? La mesure est envisagée très sérieusement par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui, depuis deux jours, multiplie les informations sur ce sujet en direction de ses salariés (envois de courriels aux praticiens, publication de bulletins sur son intranet, etc.).

Avec un déficit qui devrait atteindre 90 milliards d'euros en 2010, l'AP-HP a un besoin imminent d'argent frais. Mi-septembre, le conseil de surveillance du premier employeur d'Ile-de-France 90 000 salariés a adopté un plan de restructuration contesté prévoyant le regroupement de ses trente-sept établissements en douze groupes hospitaliers, mutualisation de services à la clé. Parallèlement, l'AP-HP étudie les possibles sources de rentrée d'argent à court terme, dont la facturation des chambres individuelles. Une mesure déjà appliquée par de nombreux CHU de province, mais inédite dans les hôpitaux parisiens.

Le premier à évoquer cette mesure pour s'en indigner a été le professeur André Grimaldi, chef du service de diabétologie de la Pitié-Salpêtrière, le 29 septembre sur France Culture : "J'ai appris hier que désormais, quand vous voudrez une chambre seul à la Pitié-Salpêtrière, il vous en coûtera 40 euros la nuit. On était l'hôpital-entreprise, maintenant on est l'hôpital-hôtel !" La mesure devrait même s'appliquer à tous les hôpitaux parisiens, précise Le Parisien, mardi 5 octobre, après avoir consulté une note de l'AP-HP publiée en toute discrétion le 15 janvier dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, évoquant un tarif de 55 euros.

UNE MESURE EFFECTIVE CET HIVER

Contactée par Le Monde.fr, l'AP-HP confirme cette information, faisant valoir qu'elle ne fait qu'appliquer, "par souci d'équité vis-à-vis des autres établissements (à Lyon ou Marseille par exemple)", une disposition prévue par le code de la Sécurité sociale. L'Assistance publique espère que la mesure sera effective fin 2010 ou début 2011. En revanche, les tarifs ne sont pas encore fixés et feront l'objet de concertations au niveau de chaque établissement. La direction précise qu'"il n'y aura pas de facturation si la chambre individuelle est prescrite pour raisons médicales ou s'il n'y a pas de lits disponibles en chambres partagées".

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